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Danser dans la rue

C’était en 2010. J’avais perdu tous mes jobs, les uns après les autres. J’ai fini par croire que je n’étais pas fait pour la vie en entreprise. Puis j’ai perdu mes Assedic. Il fallait remplir mes poches et mon frigo. Et vite… Question de survie! Je me suis donc mis à danser dans la rue ou « streeter » comme on dit. Quelques souvenirs 10 ans après.

Les équipes

En général les groupes comptent :

  • un speaker
  • au minimum un danseur debout et un breaker
  • Certains font des solos: Blondy, Caméléon (Thomas Bimai)

Pour ma part j’ai surtout dansé avec Marcus (aka Fish) et Mat Popeye.

Avec Mat Popeye, Rori, Ibrahim Dembele, Dove

Les spots

De préférence des endroits touristiques. Les touristes on souvent de l’argent à dépenser et sont enclins à passer des moments de détente. A Paris ce sont surtout:

  • la Place du Trocadéro
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  • Les Champs Elysées
  • La Fontaine Saint-Michel
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  • Le Parvis de Notre-Dame
  • Montmartre
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Le matériel

Il faut avant tout une sono portable. Le modèle préféré des danseurs est la MIPRO MA-707. Pratique avec ses roulettes, elle a un bon compromis entre puissance et autonomie. Et non, ce n’est pas un message sponsorisé…

Certains utilisent un micro en complément, d’autres ont une voix qui porte.

Jouer au chat et à la souris avec la police

Un danseur de rue n’est pas mieux considéré que le mendiant qui tend la main. D’ailleurs, pour les flics, passer le chapeau à la fin du spectacle revient à faire la manche. Certains commercants n’apprécient pas beaucoup d’avoir des danseurs devant leur magasin et appellent la police.

Les policiers confisquent la sono – à 400€ pièce, ca fait très mal! Alors on essaye de les repérer avant qu’ils arrivent. Une fois même je me suis fait embarquer, en même temps que la sono.

Le timing

Dans la rue, tout va vite. Surtout à Paris. Les gens ne sont que de passage, ils vont d’un point A à un point B et ne sont pas forcément enclins à s’arrêter. Les flics sont rapides pour débarquer et mettre fin à un show. Et puis il ne faut pas monopoliser le « spot » car d’autres groupes attendent leur tour pour danser. C’est pourquoi tout est minuté et obéit à un rituel précis.

  • Attirer l’attention des passants.
  • Les faire approcher et former un cercle. Pas toujours évident car souvent les gens aiment se tenir à distance.
  • Commencer à « speaker » : s’adresser au public avec quelques blagues.
  • Faire la présentation des danseurs.
  • Le show : le but n’est pas de danser pour soi mais « d’envoyer des cartouches » pour faire crier les gens le plus possible : grandes phases, acrobaties, comédie … Il faut alors passer de 0 à 100 à l’heure en quelques secondes et tout donner, sans échauffement, pendant quelques minutes, puis arrêter d’un coup sec, et recommencer 1/2h plus tard…
  • La quête : on fait passer le chapeau, on va vers les gens le plus vite possible car pour beaucoup c’est le signal qu’il faut partir très vite et très loin.
  • La pause : nécessaire pour recharger ses batteries et celle de la Mipro. Idéalement dans un restaurant pas cher (Mc Do, Quick…) avec une prise de courant à disposition pour brancher la sono. C’est souvent l’occasion de faire les comptes et se partager l’argent gagné.
  • En fin de journée : échanger les pièces contre des billets, à des serveurs ou à la boutique du PSG, car ils ont toujours besoin de monnaie.

Et ca gagne combien ?

Il y a 10 ans, un groupe bien rôdé pouvait prendre en moyenne 80€ par chapeau. Mais ca peut varier grandement d’un groupe à l’autre, en fonction de la saison, du temps qu’il fait, etc. Il m’est arrivé de danser pour ne récolter que quelques centimes ! Alors que d’autres fois c’est allé chercher dans les 100€.

La légende veut que Blondy ait gagné 2000€ en une journée.

Blondy, le « boss » des streetshows

En résumé

Danser dans la rue est très difficile. Epuisant physiquement, il faut aussi avoir la force de recommencer chaque jour, plusieurs fois par jour. Il faut faire face au mauvais temps, aux mauvais jours où les gens n’ont pas le temps, et à la Police…

Tout n’est pas négatif pour autant. C’est un bon moyen de toucher un public plus large que celui des théâtres. Il y a des moments de complicité avec le public. On apporte de la bonne humeur aux gens. Certaines équipes sont même parties « streeter » à l’étranger.

Ce n’est que mon expérience personnelle et lointaine. Je me suis « rangé », car j’ai fini par trouver un boulot que j’ai réussi à garder plus de 6 mois… Si vous voulez en savoir plus vous pouvez parler à Blondy, Super Momo, Swann, Mat Popeye, Ikani, Dadj Conaté, Colonel, Jiji, etc.

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