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Break aux J.O. : la mort de l’underground ?

Ca ne vous a pas échappé, sauf si vous êtes resté(e) dans une cave les 6 derniers mois. 4 nouvelles disciplines vont faire leur entrée aux Jeux Olympiques de 2024: Le skateboard, l’escalade, le surf et le »break[ing] ». Nous allons nous intéresser à ce dernier.

Un (tout petit) peu d’histoire

Le « B-boying », ou « Break » comme on l’appelle généralement en France, est né dans le quartier New Yorkais du Bronx au début des années 70. C’est une danse qui s’effectuait debout, le « rocking », qui a peu à peu incorporé de plus en plus de mouvements au sol. Le Break est un mélange de plusieurs influences beaucoup plus anciennes, dont les danses tribales africaines, la capoeira, la gymnastique, les arts martiaux, etc.

Très populaire au début des années 80, il tombe presque dans l’oubli quelques années plus tard pour le grand public, mais survit dans l’underground grâce aux passionnés. Puis vers la fin des années 90 il connaît un « revival » et le nombre de pratiquants ne cesse d’augmenter depuis.

L’aboutissement d’une évolution progressive

Il y a longtemps que le Break est « récupéré » par des marques, la plus connue étant certainement Redbull qui organise régulièrement des battles, notamment le « BC One ». Le phénomène n’est pas nouveau pour autant: dans les années 80 « Boogaloo Shrimp » faisait déjà de la pub pour le dentifrice « Aquafresh » au Japon. On voyait aussi des jeunes danser pour le chocolat « Hersheys ».


Dans les années 90, Pop’in Pete, Skeeter Rabbit, Flo Master et Wade Robson dansaient pour Gap.

S’il y a 20 ans on avait parlé de l’arrivée du Break aux J.O., on aurait au mieux cru à une blague. Il y avait certes quelques battles, le « BOTY » (Battle of the Year) en tête, mais c’était réservé aux passionnés. Il n’y avait pas de public qui s’asseyait pour regarder, d’ailleurs il n’y avait même pas de chaises dans la salle. Juste des cercles (des « cyphers » comme disent maintenant les connaisseurs) et des danseurs.

Puis les battles se sont multipliés, et certains ont grossi. En France, « l’Eldorado des battles », ces événements sont même subventionnés par les villes, les départements. Les battles sont devenus des spectacles auxquels M. et Mme tout le monde assistent pour regarder leurs enfants et leurs copains danser.

Aujourd’hui, le break est devenu un sport de compétition comme les autres avec des battles nationaux ou internationaux. Les sponsors ont fait leur entrée tandis que les money prices sont devenus de plus en plus mirobolants.

« La Breakdance », « la Battle », le « champion » : ces termes qui enragent les puristes

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Image par Pajd Skezzo

En s’ouvrant à un public de plus en plus large, certains termes et perceptions ont été déformés. Voici quelques exemples bien connus.

La battle: de mon expérience ce terme est apparu à la sortie du film « Street Dancers » (You got served en VO) en 2004. Dans le milieu, on a toujours dit « LE » battle.

Breakdance: ce terme a été inventé par les médias anglo-saxons comme un « fourre-tout » englobant à la fois la danse debout (« Popping » et « Locking ») et le B-Boying. Si ce terme est généralement accepté par ses pratiquants, il faut bien veiller à dire LE Breakdance sous peine de se griller.

Champion: ce mot est un problème pour beaucoup aussi, dans la mesure où le Break n’est pas comparable à de l’athlétisme. La performance physique ne fait pas tout, il y a d’autres critères très importants: musicalité, présence, originalité, sens du battle, etc. C’est un art dans lequel la seule performance ne saurait remplacer l’expression…

Déjà aux JO de la jeunesse à Buenos Aires en 2018

L’idée d’inclure le breaking aux J.O. a été testée à Buenos Aires en 2018, aux Jeux Olympiques de la Jeunesse . L’essai ayant été jugé concluant par les organisateurs, il fera donc son apparition officielle pour les adultes également lors des prochains J.O.

Résumé du déroulement:

Les règles des J.O. de la jeunesse sont détaillées ici (en Anglais).

  • Les participants font un passage de présélection.
  • Le jury sélectionne attribue une note à chaque danseur. 32 b-boys et 16 b-girls.
  • Les candidats sélectionnés s’affrontent « par pool » selon un tirage au sort. Chaque danseur va danser contre 3 adversaires, 2 rounds à chaque fois. 4 breakers sont alors retenus.
  • La demi-finale et la finale sont des 1vs1. Les 2demi-finalistes éliminés s’affrontent pour déterminer la 3e et 4eme place. Eh oui, il n’y a que 3 médailles, celle en plomb reste à inventer…

Les J.O. ne seraient-ils donc qu’un (très gros) battle de plus ?

L’underground était-il déjà mort ?

En plus de la prolifération des battles, on observe d’autres phénomènes témoignant d’une institutionnalisation de la danse Hip Hop: création des formations professionnelles de danse Hip Hop, projet de diplôme, naissance d’une fédération avec ON2H.

Par ailleurs des lieux sont mis à la disposition des danseurs: le Cent Quatre, ou la Place à Paris. Ceux qui s’entraînaient dans les « spots » non officiels en ont peu à peu été chassés : la Place de la Rotonde au forum des Halles, le Foyer de l’Arche de la Défense, la Gare de Lyon, le Centre commercial de la Place d’Italie, etc.

Les battles purement underground sont aussi largement en voie de disparition. Quand 2 grands noms s’affrontent, on en fait un « main event ». On est très loin des battles comme Benji vs Junior par exemple…

De nouvelles opportunités?

Des possibilités de professionnalisation pour les danseurs, leurs coachs, les juges, une reconnaissance officielle pour cette discipline souvent vue comme une sous-culture, voire un art du ghetto destiné aux cassos… Certains voient le verre à moitié plein, là ou d’autres voient une récupération, une perte de l’esprit d’origine de cette discipline.

Meilleure reconnaissance du break, ou perte de son âme d’origine ? A vous de décider…

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